Depuis le 2 août 2026, un contenu IA non signalé est une infraction

L’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle est entré en application. Il oblige à déclarer les chatbots, à marquer les contenus de synthèse dans un format lisible par machine et à étiqueter visiblement les hypertrucages. Amende maximale : 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial. Le même jour, la Californie a […]

Equipe Fidealis

Experts en propriété intellectuelle

L’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle est entré en application. Il oblige à déclarer les chatbots, à marquer les contenus de synthèse dans un format lisible par machine et à étiqueter visiblement les hypertrucages. Amende maximale : 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial. Le même jour, la Californie a activé son propre régime. La Chine impose le sien depuis un an. Voici ce que la loi exige, pourquoi elle existe, et comment savoir en une minute si elle vous concerne.

Ce qu’il faut retenir

  • Quatre obligations. Dire qu’un chatbot est une IA, marquer techniquement tout contenu de synthèse, informer en cas de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique, étiqueter visiblement les hypertrucages et les textes d’information générés par IA.
  • Applicable depuis le 2 août 2026. Sursis technique jusqu’au 2 décembre 2026 pour le marquage lisible par machine, et uniquement pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août.
  • Personne n’est trop petit. Aucun seuil d’effectif ni de chiffre d’affaires. Une entreprise hors de l’Union Européenne est concernée dès lors que son contenu est diffusé dans l’Union.
  • Jusqu’à 15 M€ ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le montant le plus élevé. Pour les PME et jeunes entreprises, le plus faible des deux.
  • Ce n’est pas qu’européen. La Chine impose l’étiquetage explicite et implicite depuis le 1er septembre 2025. La Californie a calé sa date sur celle de l’Europe. L’Espagne prépare des amendes jusqu’à 35 M€ ou 7 %.
  • Le point aveugle. Le marquage prouve qu’un contenu est artificiel. Il ne prouve pas qu’un éditeur a fait son travail à la date où il l’a fait. C’est un problème de preuve, pas de technologie.

L’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle prévoit plusieurs obligations de transparence concernant les contenus générés ou manipulés par IA. Consultez le texte officiel du règlement européen sur l’intelligence artificielle, notamment son article 50.

Êtes-vous concerné ? Répondez à six questions.

Le champ d’application de l’article 50 dépend de trois choses : ce que vous êtes, où vous diffusez, et ce que vous produisez. Le test ci-dessous croise ces trois axes et vous donne un verdict daté et territorialisé, avec les articles précis qui s’appliquent à vous et le risque encouru.

Une loi qui n’interdit rien, et qui change tout

Il ne s’agit pas d’une loi française, ni d’un décret sectoriel. Il s’agit de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, entré en vigueur le 2 août 2024 et dont l’application est échelonnée par vagues. Le 2 août 2026 marque celle qui concerne le plus grand nombre d’acteurs.

Sa particularité tient à son champ. Le reste du règlement, évaluations de conformité, documentation technique, marquage CE, ne vise que les systèmes classés à haut risque. L’article 50, lui, s’applique à tout système d’IA placé dans l’une des quatre situations qu’il décrit, quelle que soit sa classification de risque. Un chatbot de service client basique y est soumis. Un générateur d’images publicitaires aussi.

Marquage et étiquetage ne sont pas la même chose et ne pèsent pas sur les mêmes épaules. Le marquage est technique, invisible, destiné aux machines, et incombe au fournisseur du système. L’étiquetage est visuel, destiné à l’œil humain, et incombe à celui qui publie. Une mention dans les conditions générales d’utilisation ne satisfait ni l’un ni l’autre.

Le calendrier réel, après le Digital Omnibus
Un paquet de simplification, présenté par la Commission le 19 novembre 2025, a modifié le calendrier. Accord provisoire entre le Parlement et le Conseil le 7 mai 2026, vote en plénière le 16 juin, feu vert final du Conseil le 29 juin. Il ne repousse pas l’article 50, contrairement à ce que beaucoup de directions ont compris.

Le sursis du 2 décembre 2026 ne concerne que le marquage technique, et seulement pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026. Un système lancé après cette date doit intégrer le marquage dès son lancement. Et l’obligation d’étiquetage visible n’a, elle, jamais bénéficié d’aucun report.

Deux textes accompagnent l’article, et aucun n’est contraignant

Le code de bonnes pratiques sur le marquage et l’étiquetage des contenus générés par l’IA a été publié dans sa version finale le 10 juin 2026, au terme d’un processus lancé en novembre 2025 par le Bureau de l’IA avec deux groupes de travail, l’un consacré aux fournisseurs, l’autre aux déployeurs. Il est volontaire. Y adhérer ne crée pas d’obligation, mais offre un moyen reconnu de démontrer sa conformité. La Commission l’a jugé adéquat.

Les lignes directrices de la Commission ont été adoptées le 20 juillet 2026, treize jours avant l’échéance, dans une version finale de 51 pages. Elles ne lient personne : seule la Cour de justice peut donner une interprétation faisant autorité. En pratique, les autorités nationales de surveillance s’y référeront.

Que veut le législateur, au juste ?

La logique de l’article 50 n’est pas de freiner l’IA générative. Il n’interdit rien, n’impose aucune autorisation préalable, ne conditionne aucune mise sur le marché. Il impose une seule chose : que l’artificialité d’un contenu soit connaissable.

Le raisonnement du législateur européen est un raisonnement d’asymétrie. Jusqu’en 2022, fabriquer un faux crédible coûtait cher : du temps, des compétences, du matériel. Ce coût constituait une barrière naturelle. L’IA générative l’a fait tomber à zéro, pendant que le coût de vérification, lui, restait entier. Le déséquilibre est là : produire un faux devient gratuit, l’infirmer reste coûteux. L’obligation de marquage rétablit une part de symétrie en déplaçant le coût vers celui qui produit.

Trois intérêts sont protégés, et ils se recouvrent

  • L’intégrité de l’écosystème informationnel. C’est la formulation retenue par la Commission : les obligations de transparence traitent des risques de tromperie et de manipulation. La cible est la désinformation à grande échelle, les manipulations électorales, les paniques provoquées par des images fabriquées.
  • L’autonomie cognitive de la personne. Un citoyen ne peut exercer un esprit critique que s’il dispose de l’information minimale permettant de distinguer une création artificielle d’un document authentique. Sans signal, cette distinction est devenue impossible pour un observateur moyen.
  • La dignité et l’identité. L’hypertrucage porte atteinte à l’image, à la voix, à la réputation. C’est ce volet qui a connu le durcissement le plus net : l’interdiction pure et simple des représentations intimes non consenties et des contenus pédocriminels générés, ajoutée en 2026, sort du registre de la transparence pour entrer dans celui de la prohibition.

Pourquoi les entreprises, et pas les particuliers

Parce que l’usage personnel et non professionnel est explicitement hors du champ. Un individu qui publie une image générée par IA sur son compte personnel n’est pas concerné. Une agence de publicité qui publie la même image l’est. Le critère n’est pas le contenu, c’est la qualité de celui qui le diffuse et la professionnalisation de la diffusion.

Ce choix a une conséquence politique assumée : le texte régule les acteurs structurés, ceux qui ont une adresse, un chiffre d’affaires et une responsabilité identifiable. Il ne prétend pas atteindre l’auteur anonyme d’un faux malveillant, qui relève du droit pénal national.

Le désaccord porte sur un mot : hypertrucage

La principale critique vise le périmètre de cette notion. La Computer and Communications Industry Association estime que les lignes directrices du 20 juillet 2026 ont étendu la définition bien au-delà de ce que le texte de 2024 prévoyait. Son responsable des politiques IA pour l’Europe résume l’objection : l’étiquette devait signaler un contenu trompeur, et un paysage dans une publicité se retrouve désormais dans la même catégorie qu’un discours politique manipulé.

La Commission a durci plutôt qu’assoupli. Les lignes directrices finales interprètent strictement le régime allégé réservé aux œuvres artistiques, satiriques ou fictionnelles. Un contenu exclusivement informatif ou commercial ne peut pas en bénéficier, et lorsqu’un contenu mêle des caractères informatifs et des caractères créatifs, l’informatif l’emporte toujours. Pour la publicité, tous les exemples fournis relèvent de l’étiquetage standard.

À l’inverse, ce qui est manifestement fantastique ou physiquement impossible a été exclu du champ. Un dragon ou un humain qui vole sans appareil ne constitue pas un hypertrucage : personne ne peut y être trompée.

Figure 1. Le manifeste signé est la couche la plus riche en information et la plus fragile. Le filigrane est la plus robuste et la plus pauvre. L’étiquette visible est la seule que le public voit. Les trois se complètent, ce que la démarche des « Durable Content Credentials » a formalisé en associant liaison dure, filigrane invisible et empreinte perceptuelle.


En France, des textes existaient déjà. L’autorité, elle, manque encore.

Un règlement européen n’a pas besoin de transposition : il est applicable de plein droit dans les vingt-sept États membres. Aucune loi française n’est nécessaire pour que l’article 50 produise ses effets. Ce qui relève du national, ce sont deux choses : la désignation des autorités de contrôle et l’articulation avec les textes français préexistants.

Ce qui s’appliquait avant l’AI Act

  • Article 226-8 du code pénal, modifié par la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique. Il assimile au montage le fait de publier, par quelque voie que ce soit, un contenu visuel ou sonore généré par un traitement algorithmique reproduisant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement, lorsqu’il n’apparaît pas à l’évidence qu’il s’agit d’un contenu généré ou qu’il n’en est pas expressément fait mention. Les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende lorsque la publication passe par un service de communication au public en ligne. Un délit spécifique vise en outre les hypertrucages à caractère sexuel.
  • Loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale. Elle impose déjà aux influenceurs, aux agences et aux annonceurs de faire apparaître une mention explicite lorsque des images promotionnelles sont retouchées ou créées par intelligence artificielle, sous peine de sanctions pénales.
  • Proposition de loi n° 675, déposée le 3 décembre 2024 à l’Assemblée nationale, visant à identifier les images générées par IA publiées sur les réseaux sociaux. Elle prévoyait des amendes pouvant atteindre 3 750 euros pour l’utilisateur et 50 000 euros par manquement pour la plateforme. Elle n’a pas été adoptée. L’AI Act l’a en grande partie rendue sans objet.

Au 2 août 2026, la France n’a toujours pas achevé la désignation formelle de ses autorités nationales compétentes. Le schéma publié par le gouvernement le 9 septembre 2025 confie la coordination et le point de contact unique à la DGCCRF, place la CNIL sur les traitements biométriques et les données personnelles, l’Arcom sur les hypertrucages et les contenus en ligne, l’ACPR sur la finance, la HAS et l’ANSM sur la santé, avec l’ANSSI et le PEReN en appui technique. Mais le véhicule législatif, le projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne, n’était pas définitivement adopté au moment où le pouvoir de sanction européen devenait effectif.

Conséquence pratique : les entreprises françaises sont soumises à une obligation pleinement applicable sans disposer d’un interlocuteur national clairement identifié. Ce décalage est temporaire. Il ne suspend rien. Et il produit un effet de rattrapage classique : quand l’autorité sera opérationnelle, elle regardera en arrière.

Faut-il signaler un article de blog rédigé avec ChatGPT ?

Pas systématiquement. L’obligation d’étiquetage des textes ne vise que ceux publiés dans le but d’informer le public sur des questions d’intérêt public. L’exception joue lorsque le contenu a fait l’objet d’un processus de révision humaine et relève d’une responsabilité éditoriale identifiée.

Deux précisions importantes. La notion d’intérêt public est interprétée largement : elle englobe les communications relatives à l’emploi, à la santé, à la finance et au droit, pas seulement l’actualité politique. Et l’exception éditoriale n’est pas une case à cocher : elle suppose une revue réelle, avec un responsable identifié et une date d’approbation. Autrement dit, une chaîne de validation traçable. Sans trace, l’exception ne se plaide pas.

La Chine a légiféré la première. La Californie s’est alignée sur l’Europe.

Le mouvement est mondial, et plus ancien que l’Europe. Trois blocs réglementaires distincts convergent vers la même exigence, avec des techniques différentes et des schémas de métadonnées incompatibles entre eux.

Figure 2. La convergence de dates n’est pas un hasard : la Californie a explicitement décalé son entrée en vigueur du 1er janvier au 2 août 2026 pour s’aligner sur le calendrier européen. Les régimes ne sont pour autant pas interopérables : le schéma de métadonnées chinois GB 45438 ne se superpose ni au C2PA ni à l’exigence européenne de format lisible par machine.

 

Chine : le régime le plus prescriptif

Publiées le 14 mars 2025 par l’administration du cyberespace et trois autres régulateurs, les mesures d’étiquetage des contenus générés par IA sont entrées en vigueur le 1er septembre 2025, accompagnées d’une norme nationale obligatoire, GB 45438-2025. Le dispositif repose sur deux marquages simultanés :

  • Explicite : un marqueur visible ou audible, à un emplacement prescrit, sur cinq modalités de contenu, texte, image, audio, vidéo et scènes virtuelles.
  • Implicite : des métadonnées embarquées dans l’en-tête du fichier, contenant le nom ou le code du fournisseur, un numéro de référence du contenu et des informations d’attribut.

Trois différences majeures avec l’Europe. Les plateformes de distribution sont tenues de vérifier, propager et conserver les marquages. L’altération malveillante d’un marquage est explicitement interdite, ce qui rend de fait illicites les outils de suppression de filigrane. Enfin, un contenu non marqué dont l’origine est douteuse doit être présenté au public comme « suspecté d’être synthétique ». L’Europe ne va pas jusque-là.

Californie : la transparence par la détection

Le California AI Transparency Act, adopté sous forme de SB 942 en septembre 2024 puis profondément amendé par AB 853 le 13 octobre 2025, est opérationnel depuis le 2 août 2026. Il vise les fournisseurs d’IA générative accessibles publiquement en Californie et dépassant un million de visiteurs ou d’utilisateurs mensuels.

Trois obligations. Une divulgation latente, c’est-à-dire l’inscription d’informations de provenance dans le fichier lui-même. Une divulgation manifeste optionnelle, que l’utilisateur doit pouvoir activer, difficile à retirer en l’état de la technique. Et un outil de détection public et gratuit, permettant à quiconque de vérifier si un contenu provient du système.

À partir du 1er janvier 2027, la loi s’étend aux grandes plateformes en ligne, qui devront détecter les données de provenance, les afficher, et surtout ne pas les supprimer sciemment. C’est la première réponse législative directe au problème du décapage de métadonnées. Les plateformes d’hébergement de modèles suivent à la même date, les fabricants d’appareils de capture en 2028. La pénalité est civile, 5 000 dollars par violation, chaque jour de manquement comptant pour une violation distincte.

Le reste du monde

L’AI Act suit le principe du lieu de marché. Quiconque publie ou rend accessible dans l’Union un contenu généré par IA entre dans son champ, quel que soit son lieu d’établissement. Une agence hors UE qui produit une campagne destinée à une audience européenne est concernée. Un fournisseur non européen l’est dès lors que la sortie de son système est utilisée dans l’Union.

L’amende n’est pas le risque principal


Le montant retenu est le plus élevé des deux, sauf pour les PME et les jeunes entreprises, pour lesquelles c’est le plus faible qui s’applique. Le Digital Omnibus prévoit en outre des réductions automatiques pour les petites structures. Le règlement ne prévoit aucun avertissement préalable obligatoire avant une amende.

Cela dit, trois autres conséquences méritent plus d’attention que le plafond théorique.

  • La qualification en contenu illicite au sens du DSA. Un contenu non marqué en violation de l’article 50 peut relever de l’article 3(h) du règlement sur les services numériques. Cela ouvre les mécanismes de signalement et de retrait, avec un effet immédiat sur la diffusion, sans attendre la moindre procédure de sanction. Pour les très grandes plateformes, l’article 35(1)(k) du DSA prévoit un dispositif complémentaire d’étiquetage des contenus manipulés.
  • Le cumul avec les droits nationaux. Un hypertrucage satirique parfaitement conforme à l’AI Act peut rester illicite au regard du droit à l’image, du droit à la voix, du droit des marques ou du droit d’auteur. Le régime allégé de l’article 50(4) ne dispense d’aucune autre législation.
  • Le risque contractuel et réputationnel. Les lignes directrices précisent que l’obligation d’étiquetage suit le pouvoir de décision sur l’usage de l’IA, et non la propriété de la campagne. Les parties sont invitées à en tirer les conséquences dans leurs contrats. Une agence, un prestataire éditorial ou un intégrateur SaaS qui n’a rien prévu de tel s’expose à une répartition de responsabilité subie plutôt que choisie.


L’erreur la plus fréquente

Placer la mention à la fin. La divulgation doit intervenir au plus tard lors de la première interaction ou exposition. Un avertissement en fin de générique, un encart en bas de page, une mention en fin de conversation ne satisfont pas l’article 50(5). Pour une diffusion continue, directe ou podcast, la divulgation initiale doit être complétée par des rappels périodiques à l’attention de ceux qui rejoignent en cours de route.

Un marché construit pour les fournisseurs, une demande venue des déployeurs

Le secteur s’est structuré autour d’une norme et d’une contre-mesure. La norme, c’est C2PA. La contre-mesure, c’est le filigrane invisible. Depuis 2026, l’industrie ne les oppose plus : elle les empile.

La couche standard : C2PA et Content Credentials

C2PA définit un manifeste, un ensemble de métadonnées signées cryptographiquement et liées à un fichier image, vidéo ou audio, qui enregistre l’appareil ou le modèle à l’origine du fichier, chaque retouche appliquée et la chaîne de signatures reliant ces étapes. La version 2.1, ratifiée en 2025, est devenue une norme ISO (ISO/IEC 22144). Un programme de conformité a été lancé en 2025, dont le premier appareil certifié au niveau le plus élevé a été un téléphone Pixel 10.

Sa faiblesse est connue et structurelle : la liaison est dure, donc cassante. Les uploads, les captures d’écran, les exports et les transformations opérées par les plateformes suppriment ou brisent régulièrement le manifeste. C2PA est un signal de provenance, pas une preuve autoportante.

La couche résiliente : filigranes imperceptibles

SynthID, développé par Google DeepMind, inscrit un motif imperceptible dans les pixels, les échantillons audio ou les jetons de texte, conçu pour survivre à la compression, au redimensionnement et au recodage. Google a annoncé avoir marqué plus de cent milliards d’images, vidéos et fichiers audio depuis 2023. La variante texte a été ouverte, les composantes image et audio restent propriétaires.

Le 19 mai 2026, OpenAI et Google ont annoncé un modèle de provenance à double couche associant le manifeste C2PA et le filigrane SynthID. Les images générées via ChatGPT, l’API et Codex portent désormais les deux. Google a annoncé l’arrivée de la vérification C2PA et de la détection SynthID dans Search et Chrome, la fonction étant déjà disponible dans Gemini. Sont également entrés dans l’écosystème en 2026 : Kakao, ElevenLabs et Nvidia.

Le paysage concurrentiel



Combien pèse ce marché ?

Les estimations disponibles convergent sur une croissance forte mais portent sur des périmètres différents, ce qui impose de la prudence dans la comparaison.

  • Le marché du filigrane appliqué à l’IA est évalué à environ 614 millions de dollars en 2025, avec une projection autour de 2,96 milliards à l’horizon 2032, soit une croissance annuelle de l’ordre de 25 %.
  • Le marché plus large des outils de filigrane numérique, incluant l’anti-piratage et la protection de marque, est projeté autour de 4 milliards de dollars en 2035, à une croissance annuelle d’environ 10 %.
  • Le marché de l’authenticité des contenus, qui agrège provenance, vérification et détection, est le segment le plus dynamique, tiré depuis 2025 par la réglementation davantage que par la demande spontanée.

Presque toutes les solutions s’adressent à celui qui génère : marquer à la source, détecter à l’arrivée. Or l’article 50 crée une seconde population, bien plus nombreuse, celle des déployeurs : agences, éditeurs, marques, cabinets, collectivités, établissements de formation. Ceux-là n’ont pas besoin d’un filigrane. Ils ont besoin de pouvoir démontrer, plus tard, qu’ils ont respecté leurs obligations à la date où elles s’imposaient. Ce n’est pas le même produit.

Le marquage dit ce qu’est le contenu. Il ne dit pas ce que vous avez fait.

Aucun texte n’impose formellement au déployeur de constituer un dossier de preuve. Mais l’ensemble du dispositif y conduit. Le code de bonnes pratiques est présenté comme un moyen de démontrer la conformité. Les autorités attendent une cartographie des usages, une documentation des techniques de marquage, l’identification des cas où une exception est invoquée. La logique est celle de l’accountability du RGPD : ce n’est pas seulement la pratique qui compte, c’est la capacité à l’établir.

Or la preuve d’une pratique numérique a une propriété désagréable : elle se dégrade. Un fichier peut être modifié, un horodatage système peut être falsifié, un registre interne peut être réécrit, un site peut être republié. Ce qu’une organisation produit sur elle-même n’est pas opposable à un tiers. C’est exactement l’écart que comble un tiers de confiance qualifié.

Quatre situations où le marquage ne suffit pas

  • Le contenu antérieur. Les lignes directrices confirment l’absence de rétroactivité : un contenu généré avant le 2 août 2026 n’a pas à être étiqueté, et pour les images, audios et vidéos, la date pertinente est la date de génération. Un stock de plusieurs milliers de visuels devient donc conforme ou non selon une date. Encore faut-il pouvoir l’établir, contre un tiers, plusieurs années après.
  • L’exception éditoriale. Elle ne joue que s’il y a eu une revue humaine réelle avec une responsabilité éditoriale. Un registre interne modifiable ne vaut pas grand-chose face à une contestation. Ce qu’il faut, c’est une date certaine, une empreinte de la version revue et l’identité du valideur.
  • Le décapage en aval. Si une plateforme supprime le manifeste C2PA, l’éditeur a perdu la trace de son propre marquage. Il doit pouvoir démontrer que le fichier publié le portait au moment de la publication.
  • La chaîne de diffusion. Les lignes directrices finales attendent des déployeurs qu’ils prennent des mesures proportionnées pour que l’étiquette apposée soit effectivement affichée au public au point de première exposition, notamment par des conditions contractuelles avec les partenaires de distribution. Démontrer cela suppose de conserver les contrats et les constats.

Figure 3. Les quatre moments où une organisation a intérêt à figer une preuve. Le premier est le plus sous-estimé : la date de génération conditionne à elle seule l’application ou non de l’obligation d’étiquetage pour tout le stock antérieur au 2 août 2026.

 

Là où Fidealis se situe dans cette chaîne

Fidealis n’est pas un fournisseur de filigrane et ne cherche pas à l’être. Son métier est en amont et en aval du marquage : produire une date certaine et un dossier opposable. C’est un métier de tiers de confiance qualifié eIDAS, exercé depuis 2001, adossé à l’horodatage qualifié, au hachage SHA-256, au dépôt auprès d’un commissaire de justice et à un archivage sur quatre-vingt-dix-neuf ans en France.

Pourquoi ce positionnement est structurel

Un filigrane est une technologie : il se copie, se contourne, se remplace. Une date certaine délivrée par un tiers de confiance qualifié est un statut juridique : elle s’oppose. Les deux ne sont pas concurrents, ils sont superposés. Le marquage répond au régulateur sur la nature du contenu. L’horodatage répond au juge sur la conduite de l’entreprise. À mesure que les contrôles arriveront, en 2027 et au-delà, c’est la seconde question qui deviendra la plus coûteuse à laisser sans réponse.

Pour aller plus loin, découvrez notre article sur la protection juridique d’une œuvre générée par IA

Questions fréquentes

Le marquage visible suffit-il à être conforme ?

Non. L’article 50 comporte deux exigences distinctes. L’étiquetage visible s’adresse au public et incombe à celui qui publie. Le marquage lisible par machine s’adresse aux systèmes de détection et incombe au fournisseur du système d’IA. Fidealis applique les deux sur votre fichier, mais cela ne remplace pas le marquage émis à la source par votre outil de génération.

Pourquoi un bandeau sombre plutôt que rouge ?

Parce qu’aucune couleur n’est imposée et que le rouge devient illisible sur les fonds rouges ou sombres, ce qui est fréquent. Un bandeau translucide à contraste élevé reste perceptible sur tous les visuels. Le rouge reste disponible en option.

Mon fichier est-il modifié ?

Le fichier livré est un dérivé marqué. L’original n’est jamais altéré : son empreinte est calculée et scellée avant toute opération, et figure au certificat aux côtés de celle du fichier marqué.

Que se passe-t-il si une plateforme supprime les métadonnées ?

C’est fréquent. L’étiquette visible, elle, survit à l’upload, à la recompression et à la capture d’écran. Et l’horodatage conserve la trace de ce que vous aviez publié, indépendamment de ce que la plateforme en a fait.

Faut-il marquer les contenus créés avant le 2 août 2026 ?

Non, il n’y a pas d’obligation rétroactive, et pour les images la date qui compte est celle de la génération. Encore faut-il pouvoir l’établir face à un tiers. C’est exactement ce que produit un horodatage qualifié.

Puis-je marquer un contenu qui n'est pas généré par IA ?

Non. La déclaration engage son auteur. Fidealis propose en revanche la démarche inverse, tout aussi demandée : établir la paternité humaine d’une création à une date donnée, ce qui conditionne la protection par le droit d’auteur.

Les données sont-elles conservées en France ?

Oui. Empreintes, horodatages et certificats sont hébergés en France. Les fichiers chargés dans l’outil gratuit sont supprimés après traitement et livraison.

Cela remplace-t-il un conseil juridique ?

Non. Le dispositif produit une preuve. La qualification de vos obligations au titre de l’article 50 relève de votre analyse, le cas échéant avec votre conseil.

Foire aux Questions

Je suis une PME de dix salariés, suis-je concerné ?

Oui. L’article 50 ne comporte aucun seuil d’effectif ni de chiffre d’affaires. La seule modulation prévue concerne le plafond de l’amende : pour les PME et les jeunes entreprises, c’est le montant le plus faible qui s’applique, et le Digital Omnibus prévoit des réductions automatiques supplémentaires.

Un chatbot de support client doit-il se déclarer ?

Oui, obligation pleine. La personne doit être informée qu’elle échange avec une machine dès le début de l’échange, en termes clairs, sauf si cela est manifestement évident pour une personne raisonnablement avertie.

Une mention dans les conditions générales suffit-elle ?

Non. L’information doit être fournie au plus tard lors de la première interaction ou exposition, de manière claire et distinguable. Une clause dans un document que personne ne lit avant d’être exposée au contenu ne remplit pas cette condition.

Faut-il étiqueter les contenus publiés avant le 2 août 2026 ?

Non. Il n’y a pas d’obligation rétroactive. Pour les images, audios et vidéos, la date qui compte est celle de la génération. C’est précisément pour cela que la capacité à établir cette date devient un enjeu pratique pour toute organisation disposant d’un stock important.

Une correction orthographique déclenche-t-elle l'obligation ?

Non. Lorsque le système remplit une simple fonction d’assistance à la mise en forme sans modifier substantiellement les données d’entrée fournies par l’utilisateur, le marquage n’est pas requis. La correction grammaticale, la reformulation légère et les outils d’édition assistée restent hors champ.

Et si l'IA n'a fait que retoucher une vraie photo ?

La question est de savoir si le résultat ressemble à des personnes, objets, lieux ou événements existants et apparaît faussement authentique. Si oui, il s’agit d’un hypertrucage et l’étiquetage visible s’impose. La manipulation partielle n’exonère pas.

Une publicité peut-elle invoquer l'exception créative ?

Très difficilement. Les lignes directrices finales admettent qu’une publicité puisse être manifestement créative dans des situations spécifiques, mais tous les exemples publicitaires qu’elles fournissent relèvent de l’étiquetage standard. Et lorsqu’un contenu mêle des caractères informatifs et des caractères créatifs, l’informatif l’emporte.

Une image de dragon doit-elle être étiquetée ?

Non. Ce qui est manifestement fantastique ou physiquement impossible sort de la définition de l’hypertrucage : il n’y a pas de risque de tromperie.

Qui étiquette, l'agence ou l'annonceur ?

Celui qui exerce le pouvoir de décision sur l’usage de l’IA, et non celui qui possède la campagne. Les lignes directrices invitent explicitement les parties à traduire cette répartition dans leurs contrats. En l’absence de clause, la discussion se fera a posteriori et dans de mauvaises conditions.

Une entreprise hors Union européenne est-elle concernée ?

Oui, si le système est mis sur le marché de l’Union ou si sa sortie y est utilisée. Un prestataire britannique, suisse, israélien ou américain qui diffuse du contenu de synthèse auprès d’une audience européenne entre dans le champ.

Adhérer au code de bonnes pratiques est-il obligatoire ?

Non. Le code est volontaire. Ce sont les obligations de l’article 50 qu’il sert à mettre en œuvre qui sont contraignantes. L’intérêt de l’adhésion est probatoire : le code, jugé adéquat par la Commission, offre un moyen reconnu de démontrer sa conformité.

Le marquage relève-t-il de mon fournisseur d'outil ?

Le marquage lisible par machine, oui : c’est une obligation de fournisseur. Mais cela ne vous exonère pas de vos propres obligations d’étiquetage visible, ni de la vérification que le marquage est bien présent et préservé dans vos exports.

Que se passe-t-il si une plateforme supprime le marquage ?

En Europe, le sujet reste largement non résolu à ce stade. La Californie a légiféré sur ce point précis : à compter du 1er janvier 2027, les grandes plateformes ne pourront plus supprimer sciemment les données de provenance conformes aux spécifications reconnues. La Chine impose de son côté aux plateformes de vérifier, propager et conserver les marquages.

Les outils de détection sont-ils fiables ?

Non, pas au sens juridique. La détection est probabiliste. L’absence de marquage détecté ne prouve pas qu’un contenu est authentique, et la présence d’un signal ne dit rien de l’exactitude, de la propriété ni du contexte. Le vérificateur le plus fiable est généralement celui opéré par la plateforme ou le standard qui a produit le signal.

Un contenu non marqué peut-il être retiré ?

Oui, indirectement. Un contenu non marqué en violation de l’article 50 peut être qualifié de contenu illicite au sens de l’article 3(h) du DSA, ce qui ouvre les mécanismes de signalement et de retrait, sans attendre de procédure de sanction.

Faut-il un symbole officiel européen ?

Aucun symbole harmonisé n’a été imposé à ce stade. La pratique s’est stabilisée autour d’une mention textuelle courte, du type « IA », « KI » ou « AI » selon la langue, associée à un libellé explicite. Ce qui compte est la perceptibilité, pas la forme.

Faut-il tenir un registre des usages IA ?

Aucun article ne l’impose formellement pour l’article 50, mais toute la logique du dispositif y conduit : on ne peut pas étiqueter ce que l’on ne sait pas avoir généré. La cartographie des usages est le préalable pratique à toute conformité, et le premier document qu’une autorité demandera.

Comment prouver que la revue humaine a eu lieu ?

Par une trace datée, non modifiable et indépendante : empreinte de la version revue, identité du valideur, date d’approbation, le tout scellé par un tiers. Un tableur interne ou un historique d’outil de gestion de contenu ne présente aucune garantie d’intégrité opposable.

L'IA générative crée-t-elle un droit d'auteur ?

C’est une question distincte, mais liée. Une production purement générée n’est en principe pas protégeable faute d’originalité humaine. La conséquence pratique est que la démonstration de l’apport humain, et de sa date, devient un enjeu de valorisation autant que de conformité.

Par où commencer concrètement ?

Par l’inventaire. Puis par les mentions. Puis par la preuve. Dans cet ordre, parce que chaque étape conditionne la suivante.

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